Le choc entre le colonialisme et les traditions autochtones
mon voyage au Pérou a été une expérience fascinante, en particulier en ce qui concerne l'architecture et son histoire. En parcourant des villes comme Cusco, j'ai été frappée par la manière dont les bâtiments racontent l'histoire du pays, à la fois à travers le colonialisme espagnol et les traditions autochtones.
À Cusco, avec le peu de temps dont je disposais, je cherchais les sites à ne pas manquer. J’ai demandé conseil au maître d'hôtel de mon hébergement, qui m’a vivement recommandé une fresque au cœur de la ville, où je me suis rapidement rendue. Appelée le « Grand Mural », cette œuvre de l’artiste péruvien Juan Bravo Vizcarra s’étend sur environ 50 mètres de long et six mètres de haut, avec pour vocation de retracer les grandes étapes de l’histoire du Pérou.
La fresque illustre cinq périodes clés de l’histoire péruvienne, depuis les peuples andins et leurs traditions ancestrales jusqu’à l’époque contemporaine. Elle évoque notamment la période Inca, l’arrivée des Espagnols, la rébellion de Tupac Amaru II, et l’indépendance du pays. Les symboles andins tels que le puma, le condor, et le serpent enrichissent ce récit visuel, tandis que les figures de l’Inca Pachacutec et de Tupac Amaru II rappellent les luttes culturelles et politiques du Pérou.
Face à cette fresque, j’ai été captivée par la profondeur et la richesse de chaque scène, mais aussi touchée que le maître d'hôtel ait choisi de me conseiller ce monument historique avant tout autre site touristique. Ce choix reflète bien l’attachement des Péruviens à leur culture et leur désir de la transmettre aux visiteurs.
Puis, en visitant des églises coloniales comme la cathédrale de Cusco, j'ai été frappée par leur grandeur et leur beauté. Les façades ornées, les voûtes impressionnantes et les détails baroques témoignent de la richesse de l'influence espagnole. Pourtant, derrière cette esthétique se cache une histoire de conquête, de domination et de soumission. Ces églises sont construites sur les fondations de temples incas, un symbole puissant de la manière dont la culture autochtone a été remplacée, mais aussi intégrée dans le tissu de l'architecture coloniale. Cette juxtaposition m'a fait réaliser que ces bâtiments ne sont pas seulement des structures, mais des témoins silencieux de l'histoire, porteurs de récits de résistance et d'assimilation.
En tant que touriste, j'ai ressenti un mélange d'admiration et de responsabilité. J'étais là pour apprécier la beauté de ces lieux, mais cela m'a également poussé à réfléchir à la façon dont les habitants vivent cette histoire au quotidien. Les Péruviens ne voient pas ces bâtiments comme de simples attractions touristiques ; ils sont profondément ancrés dans leur identité culturelle. La fresque de Cusco, par exemple, est un reflet de cette complexité. Pour les Péruviens, elle représente une célébration de leur patrimoine tout en reconnaissant les luttes passées. C’est un rappel constant que leur culture est vivante, même au milieu des influences coloniales.
En me promenant dans les ruelles pavées de Cusco, j'ai eu l'occasion de rencontrer des artisans autochtones qui continuent de pratiquer leurs traditions, malgré l'impact du colonialisme sur leur culture. Je me suis arrêtée devant un marché où des femmes vêtues de vêtements traditionnels vendaient des textiles faits à la main. En discutant avec elles, j'ai réalisé à quel point leur artisanat était non seulement une source de revenus, mais aussi un moyen de revendiquer leur identité et de perpétuer leurs coutumes. Elles sont les gardiennes de leur culture, et leur travail rappelle aux visiteurs que, même au milieu de ces structures coloniales, la culture autochtone continue de vivre et de s'épanouir.
Cette expérience m'a ouvert les yeux sur les défis auxquels font face les communautés autochtones au Pérou. Je me suis rendu compte qu'il est crucial d'écouter et de respecter leurs voix, car elles sont souvent marginalisées dans le récit dominant. La fresque, tout comme les témoignages des artisans, est un moyen puissant de réaffirmer cette identité, de célébrer les traditions et de contester l'oubli, chose tout aussi présente ici, au Canada....